Walton Cello Concerto

Symphonie concert ante pour violoncelle et orchestre.

WALTON: Concerto pour violoncelle

Julian Lloyd Webber (violoncelle),

Academy of St. Martin in the Fields, Sir Neville Marriner. Philips 454 442-2 (CD: 168 F). 01996. TT: 1 h 06’35”.

TECHNIQUE: 8,5 – Grande image orchestra Ie bien construite. Bonne definition. Dynamique imporrante.

Deux chefs-d’ceuvre qui n’ont en commun que d’avoir ete concus pour de grands violoncellistes russes: le Concerto de Walton pour Gregor Piatigorsky et la Symphonie de Britten pour Mstislav Rostropovitch. Aussi dissemblables que le jour et la nuit, ils exigent’du soliste des qualites tres differentes, et cela n’est pas l’un des moindres merites de Julian Lloyd Webber que de repondre avec une egale ferveur au romantisme chaleureux de Walton comme aux tragiques ruminations de Britten.

Equivoque et élusive, la Symphonie de ce dernier concilie l’univers féerique du Songe avec l’atmosphère tragique du War Requiem. Son langage fragmenté et pointilliste, sa matière torturée et fuyante en font l’une des pages les plus difficiles d’accès de son auteur. Le violoncelle doit ici concilier des exigences digitales vertigineuses avec une sobriété presque désincarnée, cultivant un rimbre neutre ou une acidité presque grinçante, alternant ici et là avec un lyrisme âpre davantage enclin à la violence qu’à l’effusion. La remarquable intériorité de Julian Lloyd Webber remplit admirablement le contrat: on admirera les tournoiements vertigineux et fantomatiques du Scherzo, puis l’onirisme conféré à l’ineffable dialogue entre le violoncelle, le cor et le basson dans la Passacaille finale.

Production d’un été indien vouée aux délices d’Ischia, née de la contemplation de la nature et du ciel méditerranéen, le Concerto de Walton offre au contraire au soliste l’occasion de déployer tout le luxe de sa riche palette sonore. Assurément il se retrouve ici en pays de connaissance: il nous avait donné naguère un mémorable Concerto de Delius, et c’est bien aux charmes d’un « jardin du Paradis» que s’abandonne lui aussi avec une grâce nonchalante et sensuelle ce capiteux poème de la Nature. Et c’est bien au rythme de la baguette d’un magicien que semblent s’égoutter, pour l’épilogue, les ruissellements sonores de la harpe, du célesta et du xylophone, éveillant le soliste pour une dernière extase, illuminée du ravissement, de la langueur et de la béatitude des rêves à demi-éveillés.

MICHEL FLEURY